Il est 7h05 lorsque ma moto est prête et que la serveuse me donne mon Pho qui me servira de petit-déjeuner, aujourd’hui je vais faire 160 kilomètres dans une province que je connais pas : Dien Bien. La journée a pour but de rejoindre la ville de Tua Chua dans le Nord-Est de la région mais en passant par Muang Lay. Je ne le sais pas encore mais cette journée sera vraiment excellente, entre paysages vraiment très différents dans le Nord du Vietnam, grandes étendues d’eau, rizières et même match de foot à Tua Chua !
Contexte géographique et historique
Nous sommes à la mi mars 2025 et je viens de passer 4 jours à arpenter Ho Chi Minh Ville notamment le quartier de Cho Lon, les tunnels de Cu Chi ou les quartiers méconnus avec Adrien qui fait des tours photo.
Je prends ensuite le fameux vol VietJet (direct) entre Saigon et Dien Bien Phu pour passer 4 nuits à découvrir la province de Dien Bien. Je dis bien province car le but est de découvrir la ville de Dien Bien Phu (avec ses monuments liés à la fameuse bataille évidemment) mais aussi d’effectuer une boucle de 3 jours en moto dans la région de Tua Chua. Si vous n’avez pas fait votre thèse sur les capitales de districts dans les provinces du Nord du Vietnam il y a peu de chance que ces noms raisonnent dans votre esprit (d’ailleurs très peu de Vietnamiens connaissent) donc tout est facilement expliqué sur la carte ci-dessous.
Départ de la grande ville de Dien Bien Phu
Il est peu après 7h00 lorsque je quitte le Centre de Dien Bien Phu, la ville ne m’a pas fait un effet incroyable, c’est beau et intéressant mais compte-tenu des merveilles du Nord du Vietnam il manque un tout petit truc pour devenir magique. S’il y a bien un truc qu’on ne peut pas enlever à Dien Bien Phu c’est la taille de ses rizières, en quittant la ville on enchaîne de très belles et très grandes vallées de rizières plates.
Au bout de quelques kilomètres la route change progressivement, je suis sur la QL12 et je m’attendais à une sorte de longue ligne droite mais pas du tout. La route est bien plus vallonnée que je ne l’imaginais, il y a parfois quelques montées qui envoient.
La route est quand même importante dans le Nord du Vietnam (elle connecte Dien Bien Phu à Lai Chau en suivant, légèrement en retrait, la frontière) du coup elle est en excellent état. Autant c’est vrai que par moment ça monte ou ça descend fort, autant la route est très large et pourrait accommoder un mouvement un peu bizarre d’un bus ou d’un camion à contre-sens (ce qui arrive plus de fois qu’on ne le pense au Vietnam).
Le processus est toujours un peu le même, ça monte fort, ça descend fort, une route dans la vallée qui traverse un village avec ses rizières et… ça monte fort et ça redescend fort !
Une longue suite de virages et de vallées jusqu’à Muong Lay
Alors que je roule je suis tout d’un coup surpris par une très grande vllaée de rizières et un café qui surplombe le tout. Je m’arrête tout de suite pour faire des photos (la vallée est vraiment immense, dommage qu’il y ait encore un brouillard / fumée trop présent !). Sans le savoir je viens de passer “Trạm dừng chân của hổ ( muong pon stopover point)” sur Google Maps !
La route continue est à ce moment ça commence à devenir franchement un peu chiant, les paysages sont pas mal mais il n’y a rien d’exceptionnel pour le Nord du Vietnam. Quelques villages, quelques beaux virages, quelques minorités mais rien qui casse vraiment la baraque. D’ailleurs je profite de passer une ville plutôt assez importante entre Dien Bien Phu et Muong Lay (du nom de Muong Cha) pour faire vérifier les freins de la Honda, j’avais une impression bizarre mais le mécano me dit que c’est du tout bon.
A ce moment j’ai un peu abandonné l’idée de découvrir des trucs de dingues sur cette route, je roule et il faut un panneau des plus classiques pour me sortir de ma torpeur. Imagine le mec qui a dû poser le panneau (y’a une route en bas, une route en haut, vraiment rien à comprendre toutes les routes vont à Muong Lay dans tous les cas).
Dans l’espèce de petit col je remarque 2 choses bien différentes, la première c’est qu’on commence à changer de population, je vais pas mettre ma main à couper mais les habitants ici sont pas Kinh (l’ethnie Vietnamienne) et plutôt Hmong, ça se voit notamment au style des maisons.
On est en mars et il y a de superbes floraisons sur la route, pourtant les fleurs çe ne me fait absolument rien (j’ai jamais compris le délire des cerisiers en fleurs au Japon par exemple) mais là c’est vrai que ça ajoute quelque chose.
J’enchaîne encore quelques virages et je vois enfin le bout de la lumière sur mon GPS, on arrive enfin dans les environs de Muong Lay. D’ailleurs avant ça il y a 2-3 chantiers vraiment imposants, je ne sais pas ce qu’on construit dans le coin mais il y a des projets en cours (sûrement une nouvelle cimenterie, un nouveau parlement local, un barrage, enfin la classique dans le Nord du Vietnam).
Muong Lay (ancienne Lai Chau), c’est très bizarre comme endroit !
C’est bon, je suis enfin arrivé dans les environs de Muong Lay et ça va totalement me sortir de ma torpeur. Mais avant de vous raconter mon passage par Muong Lay il faut que je vous explique quelque chose.
Muong Lay s’appelait avant Lai Chau, le Vietnam a construit un immense barrage non-loin (à Son La) et la ville de Lai Chau a été engloutie (totalement, c’était prévu) par le lac de barrage. A Muong Lay on peut donc voir des paysages “aquatiques” tout en étant dans les montagnes du Nord, mais surtout essayer de comprendre que maintenant la ville de Lai Chau en fait avant c’était une autre ville à 3h de route (Muong Lay). Désormais les habitants ont été relogés plus haut (littéralement vu que le lac a englouti le village) dans une “nouvelle” ville. Le fait de reloger les habitants est une pratique assez courante dans les projets vitaux au Vietnam (sur le blog vous avez déjà pu voir cela notamment autour de Dak To dans les Hauts Plateaux ou même à Lai Chau sur la boucle de Sin Ho). C’est très facile à voir car il y a généralement une organisation des maisons quasiment parfaite et toutes les maisons sont les mêmes.
Bref avant de foncer sur le fameux pont de Muong Lay je m’arrête dans une vallée de rizières que j’avais repérée sur Google Maps. Ca fonctionne et ça ne fonctionne pas, la vallée est très belle mais je m’attendais à un poil mieux. J’ai fait un détour de 10-15 minutes pour essayer d’aller au plus proche des rizières pour finalement comprendre que ce n’était pas possible, tant pis ça fait partie du voyage !
Quelques kilomètres plus loin je tombe sur une autre énorme vallée de rizières, celle-ci est encore plus belle (21.99137650044924, 103.1486805356802) et il y a en plus des gens qui pèchent dans le petit cours d’eau juste en dessous du pont. Toute la route jusqu’à Muong Lay (en prenant une route un peu à l’arrière) est vraiment très belle.
Plus loin j’arrive vraiment à Muong Lay, je suis à ce moment sur la route à l’Ouest de l’étendue d’eau et tout de suite on sent qu’on arrive dans un truc pas hyper naturel, il y a énormément d’eau et toutes les maisons sont directement au bord de la rivière avec des palmiers. Je dis que ce n’est pas naturel mais ce n’est aussi pas dérangeant. Je dois avouer qu’après avoir déjà passé pas mal d’heures sur la route je suis content de voir autre chose, il y quelques maisons flottantes pour les pêcheurs, il y a des bateaux, des rafts en bambou, franchement ça change !
Je continue de rouler, passe un petit marché et j’arrive au niveau de pont de Co Khi, c’est un grand pont sur l’immense étendue d’eau et la vue c’est quelque chose. Cela ne te couple pas le souffle mais encore une fois c’est tellement différent que ça fait quelque chose (surtout en te disant que sous l’eau il y a une ancienne ville !).
A ce moment je suis très bien dans mon timing, je suis ni en avance ni en retard et je pourrais facilement manger sauf que j’ai une petite idée dans la tête “et on irait pas jusqu’à l’autre bout de Muong Lay vraiment tout au bout pour voir à quoi ça ressemble ?”.
A ce moment il me faut encore 15 minutes de route pour aller tout au bout en passant des endroits qui semble un peu irréels, un immense UBND (sorte de mairie++) avec des centaines de mètres de protection contre les éboulements, une ville où il ne se passe absolument rien et qui donne l’impression d’une ville fantôme, tous comme les environs du Thanh Binh Hotel qui semble avoir connu des jours meilleurs. Il y aurait de quoi faire un film de zombie ici je pense !
D’ailleurs petite curiosité mais il subsiste ici une relique de la ville de Lai Chau (et de sa prison).
Pour ma part je suis dans la méga sauce, je reviens sur mes pas pour aller manger à Muong Lay sauf que la station service a un gros panneau devant (genre PLUS D’ESSENCE) et que maintenant je suis vraiment en retard. J’ai le nez creux puis je sélectionne le bon restaurant. Les dames sont super sympas, tous les locaux semblent s’y arrêter et la nourriture était excellente (Nhà Hàng Linh Luân). LOUPEZ PAS SI VOUS AVEZ BESOIN DE MANGER DANS LE COIN.
La magnifique QL6 et ses paysages très arides
Après le déjeuner il est même pas 12h30 (oui je voulais m’arrêter tôt), je repasse par la station service et en fait ils vendent bien de l’essence (j’avais mal compris le panneau). C’est un jeune qui est pompiste et je lui demande comment est la route pour Tua Chua. Il me dit que ça tourne beaucoup mais confirme qu’elle est en bon état.
Je repars donc de la station service, tourne dans le virage en épingle pour prendre la direction de Tua Chua et c’est parti ! Le début de la route est un peu bizarre car il y a quelques éboulements ce qui n’est pas rassurant.
Finalement tout rentre dans l’ordre, la route est normale et ressemble à beaucoup de cols au Vietnam, de la végétation sur la gauche, des longues lignes droites et virages et des vues pas mal sur le côté. Enfin je dis que tout rentre dans l’ordre mais à ce moment je me fais FUMER par un insecte (je pense une grosse guèpe). Je m’arrête pour faire des photos de l’arrière de ma cuisse avec le téléphone (toujours pratique, faut imaginer le mec qui passe en moto et qui voit un étranger se photographier les fesses en plein soleil), ensuite j’essaye de zoomer mais je vois rien. Bon tant pis ça doit pas être grave. Je continue de rouler.
Quelques minutes plus loin je fais une rencontre un peu bizarre.
Alors que je tourne dans un virage, je tombe sur 2 étrangers sur des vélos, tout de suite je ralentis et je discute avec eux (enfin moi je suis sur la moto et eux ils… ont mal). Ils ont besoin de rien (j’ai proposé de leur filer de l’eau ou des snacks s’ils ont besoin) et je pense qu’ils sont néerlandais. Le leader me dit qu’il leur reste que quelques kilomètres avant le prochain homestay (ce dont je doute fortement mais sait-on jamais).
Je repars donc en leur disant au revoir et en faisant une photo sous le bras sans regarder en mode “faudra que je raconte que j’ai vu 2 gars au milieu de nul part sur le blog”. Et oui je suis vraiment à un endroit pas commun du tout et je tombe sur 2 néerlandais qui font du vélo, ça me fait toujours marrer ces rencontres !
Une fois au sommet de la montagne tout change, on entre dans une zone peuplée de H’mong et on voit bien le changement que ça soit sur le style des maisons ou sur les paysages de rizières en terrasse. Je le savais en venant mais début mars il n’y a pas de miracle, les rizières sont encore à l’abandon et il faudra attendre quelques mois avant d’avoir même de l’eau !
Après avoir encore pas mal zigzagué j’arrive à un endroit qui me rappelle très fortement la région de Du Gia à Ha Giang, il y a la grande route qui descend avec le village tout en bas et tu sais à l’avance que t’es parti pour quelques gros virages en épingle !
Le truc que je n’avais pas prévu c’est qu’après quelques kilomètres j’allais tomber sur des paysages que je n’ai jamais vu au Vietnam. Je crois pas me tromper en disant que c’est pas loin du point GPS 21.955688245740422, 103.21105242568517.
Est-ce que c’est incroyable ? non mais par contre ça change énormément, je n’ai aucune idée de ce qu’ils font pousser dans le coin mais il y a des grosses collines vraiment très vides, tout parait aride et il y a du coup une ambiance assez différente. Je trouve ça hyper intéressant et pour m’aider dans mes photos il y a quelques maisons H’mong bien placées.
Vous ça vous fait rien, mais moi après 10 ans au Vietnam les vallées de rizières ça commence à moins me surprendre alors que des paysages arides comme ça c’est courant du tout ! C’est aussi à ce moment que je vois pour la première fois les espèces de forêts de pierre qui sont assez connues à Tua Chua (on va en avoir des bien plus impressionnantes le lendemain).
J’arrive juste avant la ville et j’ai un autre superbe virage pour la photo, franchement QUEL BONHEUR de se retrouver dans ces paysages. C’est très différent de ce que je connais, la route est parfaite et c’est bien plus impressionnant que la route entre Dien Bien Phu et Muong Lay (propos à tempérer si c’est votre premier voyage au Vietnam).
Alors que j’arrive juste avant le virage sur la photo ci-dessus mon oeil est attiré par un truc très coloré dans la forêt.
J’arrête la moto, fait demi-tour et revient sur mes pas.
Je sors le très gros objectif (le 70-200 que j’utilise quasiment pas pour ce voyage mais qui est dans mon sac) afin de faire une photo de ce que j’imagine être un autel.
Je vais pas vous le cacher mais j’ai très envie d’aller voir ce que c’est, j’ai juste à poser la moto et à marcher 50 mètres et je serai devant, les photos seraient potentiellement très belles avec toutes ces couleurs et j’ai jamais vu ça auparavant. Cependant :
- Si j’ai jamais vu ça avant c’est sûrement qu’il y a un truc spécial.
- C’est à l’écart du village un peu caché donc ça ressemble plus à un rite funéraire où on va s’occuper des morts dans la forêt.
- J’ai déjà fait 2 fois la bêtises en arrivant au Vietnam (à croire qu’un enterrement était une cérémonie).
- Je le sens pas (c’est le point le plus important, comme dans le 5ème élément “Général, j’ai un doute“).
Du coup à la place je continue de rouler et je traverse le premier village un peu plus gros que d’habitude depuis un bail, cela fait une grosse heure que j’ai quitté Muong Lay et dans le village il y a une sorte de “on vend tout” avec des chips, des chaises en plastique, des ventilateurs et des boissons. Je m’arrête, je regarde ce qu’ils vendent comme boissons (il n’y a que des trucs des enfers sauf une bouteille de thé glacé de la marque TH). Pendant ce temps le bus du coin attend je ne sais quoi.
En repartant du village je tombe sur une scène très similaire sauf que cette fois les autels semblent un peu plus vieux et plus visibles. D’ailleurs en regardant par la suite sur ChatGPT c’était bien des rites funéraires H’mong et compte-tenu de l’importance de ce moment j’ai bien fait de rester bien loin (j’aurais notamment pu troubler le voyage de l’âme du défunt). Si vous voulez en savoir plus la page Wikipedia en anglais sur les rites funéraires H’mong et la page Wikipedia en français sur les H’mong.
Comme mentionné par Fabienne dans les commentaires je me suis trompé, c’est bien des urnes funéraires Thaï, et comme c’est passionnant comme expliquant je recopie ici un de ses commentaires : “Le cercueil est porté jusqu’au bûcher hors du village par les enfants et petits-enfants. Le gendre qui est choisi pour guider le défunt vers le ciel, allume le feu en premier.
Une fois la crémation accomplie, le chaman et les descendants récupèrent les ossements. Les ossements sont lavés, puis placés dans un sac en tissu cousu de fils de soie. Après les offrandes, les restes sont enterrés et un tombeau est construit avec des objets et des rubans colorés.
Les gens croient que le fil de soie et les rubans relient le ciel et la terre, permettant à l’âme du défunt de s’envoler et à l’âme sacrée de revenir bénir et protéger ses descendants.”
Je quitte la zone et je continue de rouler tranquillement en passant pas mal de villages, dommage que ça ne soit pas la saison pour le riz mais au moins il fait beau.
Pa Ham, sûrement sublime à la bonne saison
Sur le chemin j’avais repéré les environs de Pa Ham car il semble y avoir des rizières en terrasse assez impressionnantes, cela me semblait aussi très facile à retenir même sans regarder le GPS car il y a une sorte de barrage avec une retenue d’eau. Je n’ai pas cherché la petite bête dans la zone avec avec ces rizières sans couleurs je n’avais pas envie de perdre trop de temps (et j’imaginais que les vallées auraient du riz, donc autant profiter mais pas s’éterniser ici).
La carte ne mentait pas car la région a l’air sublime à la bonne période, pour moi c’est beau mais évidemment ça le sait bien plus de Mai à Octobre lorsqu’il y a de l’activité dans les rizières ou au moins de l’eau quoi.
Vous l’avez sûrement remarqué en lisant cet article (ou sur la photo ci-dessus) mais parfois l’atmosphère semble brumeuse, en fait dans cette région on utilise encore parfois des brûlis. C’est bien moins répandu qu’au Laos ou en Thaïlande mais on en voit parfois. Il n’y a qu’une fois où ça brûlait vraiment juste à côté de moi (on entendait bien les craquements).
Je continue ensuite de rouler, on enchaîne vraiment les très belles vallées avec une route qui est quasiment parfaite. C’est vraiment dingue au Vietnam qu’on puisse pouvoir découvrir des zones loin de tout mais en ayant quand même une route plus que correcte.
Sur le chemin il y a quand même un truc qui me surprend énormément : les cactus ! J’ai pas envie de faire le mec “wouah c’est des paysages que j’ai jamais vu” et “j’avais jamais vu des cactus utilisés comme ça au Vietnam” mais là ils utilisent des cactus pour faire des barrières. Au début j’ai cru que j’avais mal vu mais non, c’était bien des cactus.
Juste après l’épisode des cactus je me fais victimiser par un groupe de buffles.
Je m’arrête pour faire une photo d’un arbre absolument magnifique, mais 10 mètres plus loin il y a tout une famille de buffles et ils se sont espacés parfaitement pour bloquer la route en largeur. Vous le savez mais j’ai peur des buffles car c’est un animal vraiment dangereux et agressif (je me suis fait charger plusieurs fois, on a encore pas été loin d’y passer avec Régis au Cambodge).
Du coup je me gare à l’ombre et j’attends, au début je pense qu’ils vont bouger rapidement ou qu’un camion de passage va m’aider mais rien du tout. Sans faire le marseillais je pense que je dois attendre 5 bonnes minutes qu’ils daignent se déplacer et me laisser la moitié de la route. Je prends un peu d’élan et hop je peux enfin passer.
Peu avant d’arriver au prochain il y a d’ailleurs d’immense collines totalement sèches avec une couleur assez particulière. Je ne peux m’empêcher de penser au mec qui grimpe ou descend ça en moto, voir au gars qui s’est dit “et je vais faire une petite hutte ici pour protéger la récolte”.
Quelques kilomètres plus loin j’arrive au niveau de l’eau, sur ma gauche des bateaux de pêcheurs et un gars qui pèche sur un radeau en bambou, sur ma droite l’eau qui semble inonder des rizières et des enfants qui sortent de l’eau.
A ce moment la route n’est plus vraiment de la montagne, c’est plutôt de la vallée et il y a donc du riz dans les rizières (quel plaisir de voir des couleurs). Pour rappel si vous connaissez rien au Vietnam et lisez ce blog pour la première fois, les rizières dans la vallées sont faciles à irriguer et il y a donc 2 récoltes par an, contre 1 seule récolte pour les rizières en terrasse.
Je roule, je roule et j’arrive enfin à l’endroit que j’avais imaginé !
Car oui depuis que je vous raconte mon histoire j’ai vu au moins 2 fois des panneaux “TT Tua Chua – tournez à gauche” qui est la ville que je visais, mais franchement ces panneaux m’inspiraient pas confiance du tout et j’avais repéré un passage plus loin qui me paraissait vraiment évident. Mais parfois sur Google Maps tu as des surprises donc je ne sais pas si je vais avoir face à moi un passage directement dans la rivière, un petit pont tout pourri et une route en terre derrière… ou une route parfaite qui vient d’être refaites.
Evidemment j’imaginais plutôt la dernière option d’après mes recherches et je me suis pas trompé, pile à l’endroit espéré il y a un grand pont. Mais même un IMMENSE pont pour la région et je vois une voiture qui s’engage au loin, parfait !
On bifurque et change d’ambiance juste avant Hô Mức
Juste à côté du pont il y a pas mal de dames qui sont en train de bosser et qui font une pause, je fais un gros coucou et évidemment je n’ai que des sourires et des cris en échange. J’arrête la moto au niveau du pont pour faire des photos et les paysages sont magnifiques. En fait en zoomant il y a bien plus de vie que je ne le pensais.
Lorsque je m’engage sur la route je comprends rapidement que ça va être une très grande montée jusqu’à Tua Chua qui sera de l’autre côté de la montagne, cela ne me dérange pas plus que ça car j’ai encore beaucoup d’essence et que la route est en excellent état. A cet endroit c’est vraiment le seul moment de la journée où j’ai eu l’impression que les brûlis étaient un peu “too much”.
Heureusement après quelques kilomètres de montée tout redevient normal, je passe d’ailleurs encore les très gros rochers caractéristiques de la région mais aussi les premiers chevaux (souvent le signe que les H’mong sont dans le coin, les chevaux sont importants pour les H’mong).
Peu avant d’arriver au sommet je suis au niveau de Ke Cai Sunset Panorama View que j’imaginais encore un superbe point de vue. Et ben on pouvait pas faire plus mauvaise inspiration, l’endroit est à l’abandon, il y a des vieilles statues bizarres (un hélicoptère ?) et tout est crade. Je suppose qu’il y a parfois des événements ici et qu’ensuite c’est un peu laissé en mode “on verra pour le prochain événement”.
En passant sur l’autre versant on voit très bien la grosse ville de Tua Chua arriver. Il y a d’ailleurs une grosse retenue d’eau et même de très belles rizières irriguées. Tout de suite j’ai un bon feeling avec Tua Chua alors qu’il n’est au final pas si tard.
On arrive dans la ville de Tua Chua avec son tournoi de foot et ses rizières
J’avais prévenu le propriétaire de mon homestay – Homestay a hen – V83W+W9Q, ĐT129, TT. Tủa Chùa, Tủa Chùa, Điện Biên, Viêt Nam – au fur et à mesure de la journée donc lorsque j’arrive il est déjà là et me file mes clés, on discute 15-20 minutes (il parle UN POIL anglais, il est pas bête ça se sent tout de suite et il me montre 2-3 trucs cool dans la région sur son téléphone) et je comprends ensuite pourquoi il est autant excité : il y a un tournoi de foot à Tua Chua.
Mais bon moi le tournoi de foot je vais aller voir que si c’est photogénique. Le propriétaire repart, je laisse mon sac à dos dans ma chambre, je ferme et je repars avec ma moto pour voir quelques rizières avant d’aller faire un tour au tournoi de foot.
Avant de rentrer sur le terrain de foot je m’arrête dans un café pour prendre un café à emporter et je m’aventure sur le grand terrain.
Il y a vraiment du monde un peu partout dans le public et je pense qu’il y aurait moyen de faire quelques belles photos des gens, sauf que je suis entouré par 15 enfants tout le temps. Ils voient pas beaucoup d’étrangers ici donc quoi que je fasse je suis suivi par 15 gamins qui hurlent, c’est marrant 5 minutes mais même lorsque je m’assois 30 secondes ils sont tous autour de moi.
Je repars donc rapidement sur ma moto et je commence à grimper jusqu’à De De Hu, apparemment THE village pour les rizières en terrasse au dessus de Tua Chua. J’ai peu d’espoirs mais je me dis que sur un coup de chance il y a une meilleure irrigation ici et qu’il y a des rizières en eau.
J’aurais bien aimé vous montrer d’autres photos mais il n’y avait que quelques rizières en terrasse en eau, 99% étaient vides. Je me dis donc assez rapidement “je peux continuer à De De Hu pour voir de la rizière en terrasse vides, ou alors je peux redescendre dans la vallée pour aller au village de Phai Tung 1 où il y a plein de riz” (le village de Phai Tung 1 est visible depuis le haut de la montagne).
Evidemment je choisis la seconde option et hop, je termine la journée à rien faire dans mes rizières, à essayer de faire des sourires aux dames ou à m’asseoir dans l’herbe (idéalement sans fourmis). J’ai quand même fait de la moto toute la journée donc j’ai aussi le droit de me reposer un peu !
Dans la soirée je trouve un Com Binh Dan et je m’effondre dans mon homestay, j’avais peur de me faire massacrer par les moustiques mais au final ça allait. Le lendemain cela sera la meilleure journée de la boucle puisqu’on va voir la rivière noire mais pour ça il faudra lire le prochain article !
Questions ?
Vous avez des questions sur cet article ? n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous. Pour rappel vous trouverez des dizaines d’autres articles pour préparer votre voyage au Vietnam sur la page Vietnam (les articles sont même géolocalisés sur une carte) et même une sous-catégorie pour les Montagnes du Nord du Vietnam, et si ce blog vous a été utile pour préparer votre voyage vous pouvez très facilement soutenir le blog.
Merci Brice 🙏🏻
Merci Brice pour ce voyage🌞
Merci 🙂
Bonjour Brice, belle aventure ! Juste un petit détail, les tombes dans la forêt sont celles des Thaï noir ici dans cette région.
Putain en plus j’ai cherché des plombes, t’as une source ou des explications quelques part ?
Maintenant que je demande à ChatGPT il me donne la bonne réponse ahahaha (vais mettre à jour l’article demain).
Ces images montrent bien un **site funéraire**, et d’après les éléments visibles (les petites maisonnettes en bois couvertes, décorées de rubans multicolores, ainsi que la grande structure centrale avec des drapeaux et tissus de couleurs vives), il s’agit de rites associés aux **funérailles des Thaï Noirs (Tày Đen / Tai Dam)** plutôt qu’aux Hmong.
### Pourquoi ?
* Chez les **Thaï Noirs** du nord-ouest du Vietnam (Son La, Điện Biên, Lai Châu), les funérailles comportent l’érection de petites huttes temporaires (souvent appelées **nhà mồ**), décorées de tissus colorés et de symboles protecteurs.
* On dresse aussi un grand poteau ou une structure centrale ornée de drapeaux multicolores pour guider l’âme du défunt.
* Les **Hmong**, en revanche, ont des rites funéraires très différents : on utilise des instruments à vent (khèn), le défunt est enveloppé dans des étoffes en chanvre, et on ne construit pas ce type de maisonnettes décorées de rubans multicolores.
👉 Donc : **ces photos représentent bien des rites funéraires des Thaï Noirs, et non des Hmong.**
Veux-tu que je t’explique en détail le **processus funéraire des Thaï Noirs** (les étapes, la symbolique des huttes et des rubans, etc.), pour que tu puisses utiliser ça dans un article ou un carnet de voyage ?
Super, le principal est de donner la bonne information. Je n’ai pas une source, mais plusieurs : j’ai vu ces tombes, le super guide qui m’accompagnait m’en a donné l’explication, puis tu trouves ça aussi au musée ethnologique et pour ma part dans tous les manuels et thèses sur les ethnies, une passion. Attention avec Chatgpt… faire des recoupages.
Crémation chez les Thai noirs
Le cercueil est porté jusqu’au bûcher hors du village par les enfants et petits-enfants. Le gendre qui est choisi pour guider le défunt vers le ciel, allume le feu en premier.
Une fois la crémation accomplie, le chaman et les descendants récupèrent les ossements. Les ossements sont lavés, puis placés dans un sac en tissu cousu de fils de soie. Après les offrandes, les restes sont enterrés et un tombeau est construit avec des objets et des rubans colorés.
Les gens croient que le fil de soie et les rubans relient le ciel et la terre, permettant à l’âme du défunt de s’envoler et à l’âme sacrée de revenir bénir et protéger ses descendants.
Amicalement
Impeccableeee ! Merci j’ai MAJ cette partie avec ton commentaire (super intéressant). D’ailleurs en passant t’as des livres à recommander sur le sujet (minorités / culture). J’en ai beaucoup de très bien sur l’histoire du Vietnam, en revanche pour les minorités j’ai quasiment rien (j’ai acheté le classique “minorités du Vietnam” mais je l’ai trouvé très moyen, très mal traduit).
Brice
ps : Si ce blog vous a aidé vous pouvez soutenir le projet gratuitement et très simplement (par exemple en réservant vos hôtels sur Booking ou vos bus sur 12go.asia). Plus d’infos sur Soutenir le blog
Bonjour Brice,
Pas de livre spécifique sauf la base : Ethnies minoritaires du Vietnam Dang Nguyen Van – Chu Tai Son – Luu Hhung édition The Gioi de 2010 (revisité coécrit et traduit par l’éminente ethnologue Mme Emmet du Quai Branly, celle-là même qui a participé à l’élaboration des collections du musée ethnologique d’Hanoï et de celui de la femme.)
Pour le reste, des recherches et des recoupages pour la bonne information (attention aux articles des agences qui ne sont pas toujours bien documentés), divers articles sur les sites officiels des provinces et en vietnamien… c’est un long travail…
Ca a l air très sympa !